Réflexions sur le rôle sociologique du média Internet

La première caractéristique d’Internet est sûrement son aspect communicationnel. En effet ce média fait une place singulière à la communication dite ascendante que nous definirons comme suit: « la conversion des rapports sociaux en rapports politiques » (G. Burdeau 1977). Si nous partons du postulat selon lequel la communication sert à révéler au système politique les demandes qui émanent de la société, la communication s’inscrit alors dans une participation collective dont témoigne l’activité des multiples acteurs de la société, dont les partis politiques, les mécanismes d’élaboration de l’agenda public, les mobilisations mais aussi la communication interpersonnelle. C’est tout le rapport de la « société civile » à la sphère politique qui est ici concerné par la communication et l’information (J. Gerstlé).

Au sein du média Internet, il est rendu possible, par l’outil qu’est la veille, d’analyser en remontant les informations induites par les échanges de type interpersonnels. La conversation, la discussion sont des modes ordinaires et pourtant combien puissants de la communication puisque par elles circulent les représentations, les discours, les stéréotypes, les cadres interprétatifs de la société (J. Gerstlé). Par conséquent, toutes problématiques d’ordre politique ou consumériste s’inscrivent dans ce mode de communication.

Les espaces de discussions sur Internet (Blog, wiki, forum, etc.) sont des lieux privilégiés d’expression et d’échanges où l’individu y occupe une place centrale. Nous pouvons émettre l’hypothèse selon laquelle , cette participation ou collaboration construit en partie l’opinion.

L’enjeu est ici pour les institutions, les entreprises et le politique de prendre en compte ce phénomène visible, de façon d’une part à saisir les demandes, les revendications des individus et d’autre part de prendre part aux interactions qu’induisent ce média.

A ce jour, les récentes évolutions technologiques du web se sont accompagnées de nouveaux usages. Le navigateur web se dote d’applications et de contenus personnalisés que l’internaute contribue à enrichir et qu’il partage au sein de ses réseaux sociaux. L’individu apparaît effectivement au centre de ce nouveau média. Ainsi les différentes institutions (publics/privés, politiques, etc.) ne peuvent plus se contenter de communiquer uniquement de façon descendante. La campagne présidentielle 2007 en est un exemple parlant. Si les précédentes campagnes se présentaient sous l’angle : « j’ai un programme à vous proposer », celle-ci s’est présentée sous l’angle : « j’ai une question à vous poser ». D’ailleurs, les candidats, tellement soucieux de répondre aux divers attentes des citoyens, ne sont pas parvenus à imposer un thème unique de campagne, ce qui a conduit, selon nous, à un morcellement du débat et corollairement à une perte qualitative. Cet exemple pour étayer le constat selon lequel les internautes par leurs nouvelles pratiques sont devenus des acteurs de la vie politique et par extension de la société. C’est pourquoi ce débat ne traite pas uniquement de l’aspect politique ou consumériste, car les nouveaux usages associés au web 2.0 transcendent cette dichotomie. La question au centre de ce débat sera : Quelle va être la nouvelle configuration sociologique d’une société qui réintroduit à travers le média Internet l’individu en son centre ? Si la communication de toute institution ne se veut plus seulement descendante mais aussi ascendante, alors où se trouve la limite, quelle part de contribution laisser aux experts et aux citoyens lambdas ?

Nombre d’institutions utilisent, d’ores et déjà, une procédure de veille. Selon leur problématique, il est possible de définir un territoire de veille afin de déceler les questions, les problèmes, les recommandations des internautes. Cette pratique est de plus en plus présente, et les institutions en ont compris la nécessité. Cependant l’enjeu principal qui se pose à ces mêmes institutions est la massification du média internet. En effet on peut penser qu’ici 10 à 15 ans, un pays comme la France sera totalement équipé d’un accès Internet et que son utilisation sera commune et tenue pour acquise. Il deviendra par conséquent difficile de définir des territoires de veille pertinents. Par conséquent, comment les institutions vont elles s’adapter à cette future configuration qui interfère dans les stratégies classiques de communication ? A l’heure où l’individu peut créer, modifier, manipuler et même structurer du contenu. Et où les utilisateurs peuvent également décider des fonctionnalités grâce à de nouvelles possibilités de paramétrage / personnalisation innovantes.

M.F.

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2 réponses à “Réflexions sur le rôle sociologique du média Internet

  1. Pour nourrir la réflexion et le débat, je vous propose cette adaptation de la théorie de Maslow aux uasges web :
    http://mediapedia.wordpress.com/2006/07/30/c%e2%80%99est-la-maturite-stupide-maslow-s%e2%80%99invite-a-la-table-du-20/

  2. Pour compléter la cogitation de façon « extensive » vous pouvez consulter

    ces deux articles :
    L’approche 2.0 comme prélude ou prétexte à un “Self Marketing”
    http://www.frenchweb.org/2007/05/09/lapproche-20-comme-prelude-ou-pretexte-a-un-self-marketing/

    Une vision Web2.0
    http://www.deuxzero.com/2006/11/le_web_20_selon_denis_failly.html#more

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