Archives mensuelles : octobre 2007

L’approche collaborative, intelligence collective ?

Internet invente une nouvelle façon d’être ensemble, qui plus est à l’echelle de la planète. La structure sociale du réseau mène à un paradoxe. En effet nous sommes plus nombreux su la planète et dans le même temps plus étroitement liés. Stanley Milgram sociologue américain avait démontré lors d’une expérience en 1967, que les individus étaient séparés par six intermédiaires en moyenne. La légende des six degrés de séparation[1] était né et ce qui démontre que nous ne sommes pas socialement très éloignés les uns des autres. Internet participe à réduire ce degré de séparation grâce notamment aux hubs, lesquels sont des nœuds du réseau hautement connectés. Car on peut penser qu’à d’autres périodes de l’histoire le degré de séparation moyen aurait été supérieur à aujourd’hui et qu’il aurait même été possible de découvrir des personnes impossibles à connecter.

Le réseau est une forme d’organisation sociale qui peut être extrêmement complexe. Thierry Crouzet dans Le peuple des connecteurs défend l’idée selon laquelle une configuration complexe peut être supportée par des règles simples. Le succès de la cohésion des mécanismes sociaux ne dépend pas de la qualité de l’autorité centrale qui la gère. A ses yeux pour qu’une structure fonctionne, il n’est pas nécessaire qu’il existe une hiérarchie de type pyramidale. La somme des actions rationnelles individuelles peuvent aboutir à une forme d’intelligence collective.

Par exemple, les lois sont des règles que l’on intériorise, en s’y fiant plus ou moins consciemment, les individus se déresponsabilisent en partie. Plusieurs expériences ont démontrés que l’absence de règle ou du moins une réduction de la signalisation pouvait apporter de la fluidité dans les échanges. Les individus étant plus attentifs aux interactions des uns et des autres. Ainsi l’intelligence localisée interagit en fonction de l’autre. On retrouve ici la théorie des jeux de Norbert Elias[2]. Une configuration se construit selon la position des autres. Aujourd’hui Internet évolue en fonction de décisions locales, liées aux besoins des acteurs. Ainsi, comprendre Internet devient aussi compliqué que de comprendre un organisme vivant. A la différence de taille que l’on connaît les cycles d’évolution et de fin d’un organisme vivant, a contrario, on ignore les limites de propagation de la structure Internet. Tout le monde, entreprises, individus ou les universités ajoutent des nœuds et des liens sans demander de permission à aucune autorité centrale. Car aujourd’hui aucune société, institution ou personne ne peut prétendre détenir le contrôle de la sphère Internet, tout au plus une fraction négligeable de l’ensemble du système. L’architecture en réseau est si distribuée, si décentralisée, si localement managée, qu’une tache aussi ordinaire que d’obtenir un carte du réseau est devenue quasi impossible.

Au départ Internet – contrairement à d’autres projets technologiques – n’a pas été dessiné d’après un plan. Internet s’est auto organisé. Même si Internet est une invention humaine, il a désormais une vie propre. Il possède toutes les caractéristiques d’un système complexe qui évolue. Il est plus proche d’une cellule organique que d’un composant d’ordinateur.

carto-internet.jpg

Cette cartographie d’Internet met en évidence les étoiles qui composent la toile Internet, lesquelles sont reliées par des nœuds (hubs) interconnectés. Le réseau n’est pas idéalement distribué mais massivement décentralisé.

Dans chaque structure sociale, des hubs sont présents. Repérer ces hubs permet notamment de passer par eux pour maximiser la transmission d’un message. En d’autres termes, ils sont des vecteurs pertinents de communication. Par exemple, les stars qui sont les plus interconnectées socialement intéressent les marques, lesquelles y voient un biais marketing afin de diffuser les nouvelles tendances.

 Marion Frêche


[1] La légende des six degrés fut popularisée en 1990 par la pièce Six degrees of separation, de John Guare.

[2] Norbert Elias, Qu’est-ce que la sociologie ?, Agora, Paris, 1970.

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